La Deûle (en néerlandais : Deule) est une rivière du nord de la France dont l'essentiel du cours est aujourd'hui canalisé (de Lens à Deûlémont).Dans sa partie amont, elle est encore en partie à l'état naturel et connue sous le nom de Souchez.
Le nom de la rivière est mentionné sous la forme Dupla en 1276, évolution phonétique d'un probable *Dubulā, basé sur le celtique (gaulois) dubu-, noir (cf. breton du, noir, irlandais dub, noir), c'est-à-dire : « la noiraude ». L'accent circonflexe non étymologique (pas d'ancien S) et inutile pour la prononciation qui reste la même : deul ou deûl, complique inutilement la graphie.
On considérait au 19ème siècle que la Deûle prenait sa source dans le Pas-de-Calais, un peu au-dessus de Carency. Elle était alors navigable à partir de Courrières.
La Souchez, qui constitue le cours amont de la Deûle, est formée de la réunion, dans le village du même nom, de deux ruisseaux, le Carency et le Saint-Nazaire. Elle irrigue et draine les villes de Lens, Liévin et Angres et leurs alentours.
La Deûle entre dans le département du Nord près de Bauvin (cote 23) pour se jeter dans la Lys à Deûlémont (cote 11,25). Entre Bauvin et Lille, son cours a été fortement modifié par d'importants travaux hydrauliques échelonnés sur plusieurs siècles.
Un important port fluvial y a été construit.
La Deûle sépare le plateau crayeux, qui domine sa rive droite, des sables tertiaires déposés sur sa rive gauche.
À Marquette, la Deûle reçoit la Marque qui draine la colline de Mons-en-Pévèle.
Les canaux de la Deûle, de Lens, de la Lys, d'AireLa Deûle canalisée comporte trois branches:
En aval immédiat de Lens, le canal présente la particularité d'être aujourd'hui en surélévation par rapport aux terrains voisins ; c'est en fait la conséquence d'affaissements miniers. Il a dû être rehaussé pour éviter qu'il inonde la zone d'affaissement. Des pompes y rejettent les eaux qui menaceraient d'inonder ces mêmes zones.
La Deûle a été naviguée depuis l'époque gallo-romaine entre Lille et la Lys. C'est en 1271 que le châtelain de Lille, Jean III, à qui la comtesse Jeanne de Flandre venait d'apporter cette portion de rivière en dot, canalisa la Deûle de Lille à La Bassée, en drainant les marais d'Haubourdin. Au début du XVIe siècle, la navigation fut étendue encore au Sud par la canalisation de la Souchez jusqu'à Courrières et la cité drapière de Lens, aux frais des bourgeois de la ville de Lille.
Après que les armées de Louis XIV se furent emparées de Lille (1667), Vauban médita un vaste projet de canalisation inter-bassins afin, non seulement de disposer d'eau pour inonder les fossés de la nouvelle citadelle de Lille, mais aussi de retarder la marche des troupes ennemies en cas de contre-invasion depuis les Pays-Bas. Ce projet comportait :
La ville de Lille assuma toute la charge de l'entretien de la voie d'eau depuis le Fort de Scarpe jusqu'à Deûlémont, et perçut les péages jusqu'en 1798, date à laquelle le Consulat reprit en charge l'exploitation.
Au XIXe siècle, pour améliorer l'approvisionnement en charbon de la ville de Lille depuis le bassin de l'Escaut, un groupe d'investisseurs obtient l'adjudication du canal de Roubaix entre l'Escaut et la Marque, affluent de la Deûle dont le confluent est à Marquette-lez-Lille. En 1880, le gouvernement décide d'homogénéiser les caractéristiques du réseau français au gabarit Freycinet, correspondant au transit des spits flamands, circulant déjà sur les canaux du Nord de la France.
Par suite des deux guerres mondiales, des dommages consécutifs et des moyens consacrés à la reconstruction, la situation du gabarit n'évolue plus sur la Deûle jusqu'en 1954 : cette année-là, la Conférence Européenne de Paris envisage de promouvoir les voies navigables de l'Escaut, la Deûle et la Lys en vue de la navigation des chalands de plus de 1000 t.
Sur la Deûle, après la reconstruction de l’écluse à grand gabarit de Don (1959), la mise à grand gabarit (3000 t) de la section Bauvin-Marquette est déclarée d'utilité publique. Les travaux commencent en 1968 par la section les Ansereuilles-Haubourdin, et se terminent avec la construction de la nouvelle écluse du Grand Carré à Lille (1974-1977). Par suite de restrictions budgétaires, les travaux ne se poursuivent de Lille jusqu'à Marquette qu'avec un gabarit réduit de 1350 t, et ce n'est que par un programme de financement régional (1978-1982) que le gabarit est porté de 350 t à 800 t entre Marquette et Deûlémont.
Les travaux d'élargissement ne reprennent qu'en 1993 avec la démolition de l’écluse de Deûlémont qui entraîne un abaissement de 1,83 m du plan d’eau à l’amont de la confluence avec la Lys. Après une décennie de travaux, la Deûle a été ouverte au gabarit de 1350 t à l'aval de Lille en juin 2004.
Après avoir - à partir de la révolution industrielle l'une des rivières les plus polluées de France, la Deûle, bien qu'encore très artificialisée renaît peu à peu (poissons, poules d'eau et oiseaux piscivores sont de retour jusqu'à Lille, ainsi que diverses espèces invasives (Renouée du Japon, et surtout moule zébrée). Le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) Marque-Deûle est en cours d'émergence. Le comité de bassin Artois-Picardie, dans le cadre de la Directive cadre sur l'eau l'a regroupée avec la marque dans un bassin dit « Deûle-Marque » (de 1100 km²) drainé et irrigué par 160 km de cours d'eau principaux avec pour exutoire la Lys, puis l'Escaut belge.
Pour l'état des lieux imposé par la Directive DCE (en 2008) :
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