Huelgoat (ou Le Huelgoat ; An Uhelgoad en breton) est une commune française dans le département du Finistère et la région Bretagne. Huelgoat est un chef-lieu de canton, et est aussi membre de la communauté de communes des Monts d'Arrée ainsi que du parc naturel régional d'Armorique.
Huelgoat est noté Huelquoet ou Huelcoyt en 1288, Uhelgoit en 1338, Chastel du Helquoit en 1373, Huelgoet en 1391 et Uhelgoet en 1540, avant que la graphie Huelgoat ne devienne définitive.
Le nom de la commune provient des mots bretons uhel qui signifie haut, et koat, muté en goat, qui signifie forêt. Huelgoat signifie donc « le bois d'en haut ».
Située au cœur de l'Armorique, la commune de Huelgoat ne dispose pas de preuves éclatantes d'une histoire de la plus haute époque. Très peu de recherches ont été réalisées, et aucune fouille archéologique n'est intervenue pour éclairer le passé de la ville. Le « camp d'Artus », oppidum celtique de type murus gallicus, fut le plus important camp gaulois des Osismes, peuple gaulois, était situé à proximité immédiate de voies de communication importantes, créées ou réaménagées à la période romaine (voies gauloises puis romaines Carhaix (Vorgium)-L'Aber-Wrac"h et Carhaix (Vorgium)-Landerneau-Brest (Gesocribate) , laisse penser que le territoire de Huelgoat fut fréquenté par les légions romaines, puis devint au Haut Moyen Âge une place-forte appelée château d'Artus, fortifiée par les comtes du Poher. La cité aurait été entourée alors de murailles. Par la suite, Huelgoat fut carrefour entre ar hent-meur (grande route, axe Lorient-Roscoff) et ar hent ahes (le chemin d'Ahes), axe ouest-est vers le centre de la Bretagne.
Les Gestes des saints de Redon, rédigés vers 869, rapportent la présence de deux ermites, Gerfred et Fidweten, dans les solitudes boisées de « Silva Wenoc », lieu identifié par les historiens comme étant le village de Coat-Guinec, dans l'actuelle commune du Huelgoat.
Au cours du Moyen Âge et des siècles qui suivirent, Huelgoat fait partie du territoire des Ducs de Bretagne puis du Royaume de France, partageant les aléas de ces états. Huelgoat fut longtemps un simple hameau de Plouenez (ou Ploumenez, la « paroisse de la montage ») avant d'être une simple trève de la paroisse de Berrien. Le duc de Bretagne Jean II (1235-1309) fit construire un moulin (le moulin du chaos est construit en 1339 et est possession ducale, puis royale) et une prison au Huelgoat. L'existence d'un château au Huelgoat au XIVe siècle est attestée par plusieurs documents : par exemple en 1373 le connétable Bertrand Duguesclin rend une ordonnance nommant Guillaume de Kermartin gouverneur du dit château et autorise l'installation d'une garnison de 20 lances au chasteau de Huelcoît. Huelgoat a même été un temps siège de sénéchaussée puisque celle-ci est supprimée par le roi Charles IX par des Lettres patentes données à Blois le 29 mars 1564, en même temps que celle de Landeleau au bénéfice de la juridiction de Châteauneuf-du-Faou, des audiences (plaids généraux) se tenant toutefois dans les trois lieux jusqu'en 1790. La cité semble avoir connu un certain déclin aux XVIe et XVIIe siècles.
La forêt du Huelgoat était à l'époque très étendue : dans une ordonnance rendue le 12 mai 1545, le roi François dit que « la coupe en sera faite en cinquante fois différentes ».
En 1640, une épidémie sévit au Huelgoat ; les officiers de justice ordonnent au sergent de ville « de faire tuer dans les vingt-quatre heures les chiens, pourceaux, et de nettoyer les rues, à peine de 100 livres d'amende ».
La commune est également connue pour des faits liés à la Révolte des Bonnets Rouges en 1675. Dom Michel Le Nobletz (1557-1652), célèbre prédicateur, écrit que Huelgoat est « une citadelle d'enfer ». La commune du Huelgoat est créée en 1790, accédant en même temps au statut de chef-lieu de canton, en dépit des protestations de Berrien, mais la paroisse n'est détachée de Berrien qu'en 1801.
Les mines de plomb argentifère d'Huelgoat, Locmaria-Berrien et Poullaouen ont été exploitées probablement dès l'âge du bronze, puis par les Romains, mais surtout à partir du XVe siècle, même si la première concession minière accordée aux "Mines de Basse-Bretagne" date de seulement 1729. L'étang ou lac du Huelgoat, créé pour servir de retenue d'eau pour les besoins de la mine de Locmaria-Berrien, fut créé dès le XVIe siècle et la digue renforcée entre 1720 et 1724, la compagnie minière devient aussi propriétaire du moulin du chaos. Ces mines ont surtout été exploitées entre 1750 et 1867, l'apogée se situant à la fin du XVIIIe siècle (1791 est l'année du record de production, le nombre des employés est d'environ 800, même si Cambry, à tort, estime leur nombre à 2 400 personnes). L'exploitation minière cesse à la fin du XIXe siècle. Les carrières de granite deviennent alors la principale activité minière.
Huelgoat est depuis longtemps une ville réputée pour ses foires. Vers 1780, Louis Ogée en recense dix dans l'année : « Il y a foire le lendemain de la Purification,le premier jeudi de carême, le lendemain de l'Assomption, le jour Saint-Marc, les 19 mai, 25 juin, 9 septembre, 28 octobre, 21 novembre et le lendemain de l'Annonciation ». Elles étaient encore réputées dans la seconde moitié du XIXe et au début du XXe siècles. Les tranports étaient pourtant difficiles: John Kemp écrit en 1859 que "la malle impériale mettait deux heures" pour parcourir les 18 km séparant Huelgoat de Carhaix et que, de plus, le Huelgoat n'étant pas alors sur la route principale, "nous avons dû marcher avec nos sacs, après avoir quitté la malle-poste, sur une lande désolée et ventée".
La pauvreté est longtemps restée très grande. En témoigne cette description d'une chaumière huelgoataine vers 1895 faite par la comédienne Gabriela Zapolska : « Nous arrivons dans un petit hameau aux petites maisons basses, construites en pierres naturelles et couvertes d'un toit de chaume. Leurs fenêtres minuscules laissent à peine entrer le jour. […] Madame ne parle pas français. […] Cette bretonne est très laide avec son costume noir et ses sabots remplis de paille, avec ses bas troués et sa coiffe. […] ».
Au XXe siècle, le tourisme devient l'activité principale. Malgré le handicap d'une médiocre desserte ferroviaire, la gare du Réseau Breton se trouvant à Locmaria-Berrien, à 7 kilomètres de la ville (« Il faut une demi-heure de voiture et de poussière » pour y parvenir), Huelgoat devient fin XIXe – début XXe siècles le « Fontainebleau breton », par analogie au chaos de Fontainebleau. Des hôtels de luxe s'ouvrent : l'hôtel de France en 1906, l'hôtel d'Angleterre en 1908, l'hôtel de Bretagne, , attirant artistes et poètes, mais aussi une clientèle plutôt fortunée. L'affiche La Bretagne pittoresque éditée par les Chemins de fer de l'État entre 1920 et 1930, et représentant Huelgoat, illustre cet « âge d'or » du tourisme huelgoatin. André Hallays écrit vers 1910 : « Huelgoat est une colonie anglaise ».
Dès 1921, Huelgoat organise des « fêtes bretonnes » : le maréchal Foch honore de sa présence la première édition. Le syndicat d'initiative du Huelgoat est créé dès 1923. Huelgoat possède alors autant d'hôtels que Camaret.
Comme les communes voisines, Huelgoat est un fief successivement républicain, laïque, radical, socialiste, communiste dans la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Dans Tableau politique de la France de l'Ouest, André Siegfried note par exemple que pour l'année scolaire 1911-1912, 14 % des filles seulement sont scolarisées à l'école privée au Huelgoat contre 77 % à Plabennec dans le Léon voisin. Dans la première moitié du XXe siècle, les polémiques furent souvent vives et les manifestations nombreuses opposant « blancs » et « rouges », « cléricaux » et « laïcs » : l'expulsion du curé du Huelgoat de son presbytère le 22 juin 1907 provoqua de violentes protestations, le fuite du curé et de son vicaire et la paroisse se trouva sans prêtres. La représentation de la pièce de théâtre à tonalité anticléricale issue du roman d'Yves Le Febvre La terre des prêtres en fut un autre exemple mémorable, cette représentation théâtrale itinérante étant surnommée « Tournée des Sans-Dieu » par l'hebdomadaire Le Courrier du Finistère, propriété de l'évêché, qui décrit les vives manifestations et contre-manifestations qui eurent lieu à Huelgoat en cette occasion.
Les troupes allemandes occupent Huelgoat le 20 juin 1940. Très tôt, dès l'été 1940, l'occupation nazie provoque des actes de résistance d'inspiration communiste: au Huelgoat, le docteur Jacq en est à l'origine, mais il est arrêté dès juillet 1941. Des réseaux de résistance se créent, principalement à Trédudon-le-Moine, dans la commune voisine de Berrien. Des réseaux non-communistes apparaissent aussi, notamment celui affilié à Libération-nord dirigé localement par Pierre Fagon. De nombreux jeunes rejoignent le réseau "Stalingrad" à partir de 1943 et un maquis se crée du côté de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou. En 1944, Huelgoat est libéré les 5 et 6 août 1944 par les troupes américaines de la 6ème division blindée, aidées d'une vingtaine de résistants locaux. Ces combats, au Huelgoat et à Poullaouen, entraînent la mort de dix soldats américains, d'un résistant (A. Quémener) et d'une bonne dizaine de soldats allemands. De plus quatre nazis ont abattu par balles 12 huelgoatains dont le maire, Le Dilasser.
La route royale est devenue route nationale 164, qui reliait Ancenis à Landerneau, puis Brest, et son tracé traditionnel passait par Huelgoat, La Feuillée, Commana, Sizun et Landerneau. C'est en 1973 que cet axe, très sinueux, fut déclassé au profit de l'axe allant de Carhaix à Châteaulin, désormais voie expresse. C'est désormais l'axe routier Lorient-Roscoff qui passe par Huelgoat. C'est une route à deux voies seulement, mais à profil modernisé, qui ne passe plus par le centre de la ville. Le nouvel itinéraire courcircuite les nombreux virages de l'itinéraire traditionnel, devenu « route touristique » et Huelgoat n'est plus troublé par la circulation de transit, mais cette tranquillité a aussi accéléré la crise du commerce local.
Le collège public d'Huelgoat, longtemps double (collège de garçons et collège de filles) a formé dans le cours du XXe siècle des générations de fonctionnaires et principalement de futurs normaliens, devenus ensuite instituteurs. Dénommé désormais collège Jean Jaurès, il est fréquenté en 2010 par 146 élèves. Un collège privé a aussi existé jusque vers 1980.
Au sein du vaste synclinorium complexe que forme l'intérieur de la Bretagne occidentale, la région d'Huelgoat forme un affleurement granitique dû à l'érosion des anciens terrains sédimentaires qui le recouvrait. Géologiquement, le granite à cordiérite caractéristique de la région du Huelgoat est une roche plutonique : du magma (géologie) est remonté jusqu'à trois ou quatre kilomètres de profondeur où il s'est refroidi à travers les couches (roches sédimentaires) dévoniennes qui ont cristallisé dans le cadre d'un métamorphisme de contact (schistes à cristaux d'andalousite) entraînant des minéralisations post-magmatiques de sulfures d'argent, de plomb et d'autres métaux, d'où les exploitations minières des siècles passés.
Les couches sédimentaires recouvrant le granite à l'ère secondaire et à l'ère tertiaire ont été érodées, permettant au granite de se rapprocher de la surface puis d'affleurer tout en subissant des pressions moindres, donc en se dilatant, d'où la formation de diaclases permettant à l'eau de s'infiltrer dans ces fissures de la roche. Au miocène et au pliocène (ère tertiaire), facilitée par le climat tropical humide qui régnait alors dans la région, l'eau a altéré le granite le long des diaclases provoquant une arénisation (=formation d'arène granitique) alors que le reste du granite restait non attaqué (désagrégation du granite en boule). Au quaternaire, lors des époques glaciaires froides et humides , des coulées de boue (coulées de solifluxion) ont emporté la majeure partie de l'arène granitique; seuls les blocs de granite sain sont restés en place, entraînant la formation des chaos (géologie) granitiques qui font tout le pittoresque de la région.
Le chaos rocheux de la vallée de la Rivière d'Argent, menacé au XIXe siècle sous l'action des tailleurs de pierre, a été sauvegardé sous la pression de la population locale, à partir de 1895. « On voit à St Guinec une pierre de 18 à 20 pieds de diamètre : l'eau de pluie, sans cesse agitée par le vent, l'a creusée à 8 pouces de profondeur sur une largeur de 4 pieds : l'eau renfermée dans le bassin guérit toute espèce de maux., les maladies de la peau sur-tout : on la boit, on s'en lave, on voudrait s'y baigner. Le tronc qui l'avoisine , était toujours rempli. » Le rocher de Saint-Guinec sur la commune du Huelgoat aujourd'hui fut rayé des cartes par les carriers dans les années d'après guerre. Même la « Roche tremblante » a failli disparaître sous l'action des carriers.
Exploité depuis le XVe siècle, c'est surtout dans la seconde moitié du XIXe et la première moitié du XXe siècle que se développe l'exploitation du granite. Dans les années 1930, environ 150 tailleurs de pierre (« piker mein ») travaillaient dans les carrières du Huelgoat, une partie des carriers étant d'origine italienne. Vers 1970, c'était encore la principale activité économique de la ville. La carrière de Coat-Guinec reste la principale exploitation encore en activité.
Nombre retenu à partir de 1962 : population sans doubles comptes
L'indépendance communale acquise tardivement (Huelgoat n'était antérieurement qu'une trève de la paroisse de Berrien) et la promotion immédiate au statut de chef-lieu de canton ont favorisé la croissance démographique continue de la commune tout au long du XIXe siècle et même, si l'on excepte le déclin temporaire dû à la première guerre mondiale, jusqu'en 1931, année d'un premier maximum démographique. La population a plus que doublé en un siècle. Le rôle administratif de la ville, son attractivité commerciale, y compris les foires et marchés, son essor touristique, expliquent cette augmentation de population.
De 1931 à 1968, la population évolue en dents de scie, reste presque stable globalement, le maximum absolu étant toutefois atteint en 1968 avec 2 456 habitants. Depuis 1968, le déclin économique de la ville qui a perdu l'essentiel de son attractivité commerciale et touristique s'accompagne d'un net déclin démographique continu, Huelgoat perdant 834 habitants en 41 ans, soit plus du tiers de sa population (-34%). Entre 1999 et 2007 le taux de natalité est de 6,8 pour mille alors que le taux de mortalité est de 29 pour mille, d'où un très important déficit naturel qui va croissant (-2,2% l'an entre 1999 et 2006). De 1998 à 2007, Huelgoat a connu en 10 ans 108 naissances pour 478 décès! L'existence d'un important établissement hébergeant des personnes âgées perturbe toutefois les statistiques et explique aussi pour partie que 47,7% des femmes et 31,9% des hommes habitant la commune soient en 2007 âgés de 65 ans et plus.
La vocation touristique de Huelgoat ne date pas d'hier ; les Anglais, les premiers, y viennent nombreux au début du siècle dernier, attirés par la beauté naturelle du site : forêt légendaire, dernier vestige occidental, peut-être, de l'antique Brocéliande, chaos de rochers fantastiques, lieux archéologiques, lac, rivières poissonneuses, etc.
Charles Le Goffic (1863-1932), dans Croc d'Argent, roman d'Huelgoat et de sa forêt, écrit :
« (...) Huelgoat! Sources, ruisseaux, torrents, forêts sacrées,(...) Huelgoat! Huelgoat! Sur la bruyère desséchée, Lorsque le vent d'hiver menait sa chevauchée, Tout l'horizon, de Lopéret à Ruguellou, Se rebroussait comme une immense peau de loup. (...) Huelgoat! Le Camp Romain, le Chaos, les menhirs.. J'entends bruire en moi l'essaim des souvenirs, J'évoque saint Herbot au pied de sa cascade, (...) Huelgoat! Le soir descend sur la forêt. Tout bruit
S'est tu.(...) »La forêt du Huelgoat, plantée principalement de chênes et de hêtres s'étend sur environ 1 000 hectares ; forêt domaniale, elle a longtemps abrité des sabotiers mais elle a été ravagée par l'ouragan d'octobre 1987 et abrite un remarquable chaos granitique dans la vallée de la Rivière d'Argent principalement et une série de sites naturels étranges ayant souvent fait naître légendes et contes :
L'arboretum du Poërop, ancien jardin thérapeutique de l'hôpital, s'est transformé, sous l'action de son ancien directeur Jean Merret, en un arboretum paysager de 22 hectares abritant arbustes et arbres menacés des cinq continents.
Le lac, d'une superficie de 15 hectares, se déverse dans la Rivière d'Argent (qui doit son nom aux anciennes mines), alimentant le Moulin du Chaos et le chaos granitique. Un canal long de trois kilomètres achemine une partie de l'eau jusqu'aux anciennes mines et alimente un ouvrage d'EDF.
Plusieurs films ont été tournés au Huelgoat. Parmi eux :
Services de mobilité locale :